Le Hip Hop n'est pas seulement une danse
L'une des plus grandes confusions vient du fait que beaucoup de personnes pensent que le Hip Hop est uniquement un style de danse.
En réalité, le Hip Hop est avant tout une culture.
Une culture née dans les années 1970 dans le Bronx, à New York, comme réponse créative à des réalités sociales difficiles vécues par les communautés afro-américaines et latino-américaines.
Traditionnellement, cette culture s'articule autour de quatre éléments majeurs :
1. Le DJing
L'art de manipuler les vinyles et les platines pour créer des rythmes, mixer la musique et développer de nouvelles sonorités.
2. Le MCing (Rap)
L'expression verbale du mouvement Hip Hop.
Le rap permet de raconter des histoires, dénoncer des injustices, transmettre des messages ou simplement célébrer la créativité.
3. Le Breaking (B-boying / B-girling)
L'expression physique de la culture.
Cette danse se caractérise par ses mouvements au sol, ses figures acrobatiques et son énergie compétitive.
4. Le Graffiti
L'expression visuelle du Hip Hop.
Par les fresques et les lettrages, les artistes se réapproprient l'espace urbain et rendent visible leur identité.
Le cinquième élément : la connaissance
Au fil du temps, de nombreux pionniers ont ajouté un élément souvent considéré comme le plus important :
La Knowledge (Connaissance)
Connaître l'histoire.
Comprendre les origines.
Respecter les générations précédentes.
Transmettre les valeurs de la culture.
Sans cette connaissance, les mouvements peuvent être reproduits, mais leur sens disparaît.
Les valeurs fondamentales du Hip Hop
Sous l'impulsion de Afrika Bambaataa et de la Universal Zulu Nation, la culture Hip Hop s'est construite autour d'une devise devenue célèbre :
Peace, Love, Unity and Having Fun.
Paix.
Amour.
Unité.
Et le plaisir de créer ensemble.
Plus tard, KRS-One développera davantage cette réflexion à travers le Temple of Hip Hop en élargissant les éléments culturels du mouvement.
Alors, qu'est-ce que la Urban Dance ?
C'est ici que la confusion commence.
Lorsque le Hip Hop devient populaire dans les médias, de nombreux studios commencent à proposer des cours de "Hip Hop".
Mais la plupart de ces cours n'enseignent pas réellement la culture Hip Hop.
Ils enseignent principalement des chorégraphies.
Comme l'explique le chercheur et danseur Moncell Durden :
« On peut me dire quoi dire dans une autre langue et je peux le répéter. Mais si l'on me demande ce que cela signifie, je n'en aurai aucune idée. »
Selon lui, beaucoup de studios reproduisaient les mouvements associés au Hip Hop sans transmettre le contexte culturel qui leur donnait leur sens.
Le terme "Hip Hop" devenait alors un argument marketing plus qu'une véritable référence culturelle.
Comment est née la Urban Dance ?
À partir des années 2000, un nouvel univers explose :
- les crews chorégraphiques
- les compétitions
- les vidéos YouTube
- les spectacles
- les workshops internationaux
Dans cet univers, ce qui relie les danseurs n'est pas un style commun.
C'est la chorégraphie.
Le point commun de la Urban Dance n'est donc pas une technique spécifique.
C'est un acte :
créer une chorégraphie.
La différence fondamentale : culture contre chorégraphie
Le Hip Hop est une culture.
La Urban Dance est une approche de création.
Dans le Hip Hop :
- on improvise
- on participe à des jams
- on développe son identité
- on dialogue avec la musique
Dans la Urban Dance :
- on compose
- on met en scène
- on construit des concepts
- on interprète une vision chorégraphique
Pourquoi tant de confusion ?
Parce que de nombreux chorégraphes urbains puisent leurs influences dans :
- le Hip Hop freestyle
- le Breaking
- le Popping
- le Locking
- les Funk Styles
Par exemple :
Franklin Yu incorpore dans son travail les isolations et les frappes héritées du Popping.
Chris Martin apporte quant à lui l'influence de son parcours de B-boy à travers son jeu de jambes et son travail au sol.
Tous deux sont considérés comme des chorégraphes de Urban Dance.
Pourtant, leurs styles sont profondément différents.
Pourquoi ?
Parce que la Urban Dance ne constitue pas un style unique.
Elle est le résultat des influences personnelles du chorégraphe.
Pourquoi ne faut-il pas appeler la Urban Dance "Hip Hop" ?
Un mot :
appropriation.
Comme le rappelle Moncell Durden :
Les mouvements du Hip Hop possèdent une signification socioculturelle liée à des expériences réelles et vécues.
Lorsque ces mouvements sont utilisés sans compréhension de leur contexte, ils perdent une partie de leur sens.
Le problème n'est pas de s'inspirer du Hip Hop.
Le problème est de présenter cette inspiration comme étant le Hip Hop lui-même.
Et si on arrêtait d'opposer les styles ?
Le danseur et pionnier Stretch propose une réflexion intéressante.
Au lieu de chercher constamment les différences, il invite à observer les connexions.
Derrière les catégories comme Hip Hop, Popping, Locking, Jazz ou Ballet, il existe un langage universel : la danse.
Comprendre les origines ne doit pas servir à créer des frontières.
Au contraire.
Cela permet de respecter les cultures tout en construisant des ponts entre elles.
Conclusion
Le Hip Hop est une culture complète avec son histoire, ses valeurs et ses éléments fondateurs.
La Urban Dance est une scène chorégraphique moderne qui emprunte parfois au Hip Hop, mais qui ne peut être réduite à lui.
Les deux ont leur place.
Les deux peuvent coexister.
Mais les confondre revient à effacer une partie de l'histoire que le Hip Hop porte depuis plus de cinquante ans.
Chez Vijana Up, nous croyons qu'un danseur ne doit pas seulement apprendre des mouvements.
Il doit aussi comprendre d'où ils viennent, ce qu'ils racontent et pourquoi ils existent.
Parce qu'avant de maîtriser une danse, il faut comprendre la culture qui lui a donné naissance.
